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Elle court, elle se perd dans les méandres sinistres de sa pensées, elle aimerait comprendre, elle rêve au lieu de vivre, elle n'est heureuse qu'en songe, c'est triste à dire.

Elle se sent coupable d'être malheureuse, elle s'est toujours senti coupable, d'abord coupable d'être là, coupable d'exister, coupable de ne pas être bien alors qu'elle devrait, coupable d'en vouloir à l'humanité entière, coupable de les jalouser tous.
Elle refoule sa haine depuis sa petite enfance, sa haine contre ses parents, contre ses amis et plus tard contre les garçons, contre les autres filles qui sont tellement mieux. Elle se sent coupable de les haïr cette bande de greluches qui ne s'embêtent pas à réfléchir, qui vivent elles, elle les envie au fond et paradoxalement ne voudrait jamais leur ressembler. Elle aimerait être quelqu'un, mais elle voudrait se fondre dans la masse anonyme de la fourmilière, ne pas se faire remarquer.

Elle ne se supporte plus, son enveloppe corporelle lui pèse, que ce soit son grand corps trop maigre, presque asexué, sa pâleur maladive ou le total manque de contrôle et coordination de ses gestes. Elle ne se sent pas maîtresse d'elle même, elle aimerait s'échapper de cette prison charnelle. Voler à travers des cieux inconnus voir son être réduit à une âme errante.

Elle est aigrie avant l'âge, aigrie d'être elle, pourtant il n'y a pas de raisons, tout le monde le lui dit, elle se le crie, elle essaye de se convaincre qu'elle n'est pas si mal, qu'il y a pire ailleurs... Pourtant tout chez elle la dégoûte, cette jalousie qui lui ronge les viscères, ce mal-être qu'elle aimerait tant cracher et voir disparaître... Elle n'en peut plus d'être elle-même mais ne voudrait être une autre, attachée des bribes effilochées, lambeaux de son âme qui n'ont encore pourris.
Elle est perdue, elle espère parfois voir le monde s'écrouler, toutes les civilisations humaines s'éteindre et leur hurler à tous qu'ils l'ont mérité, qu'ils n'avaient vraiment pas de quoi être fiers d'être de jeunes cadres dynamiques.
Elle admire Maman, mais Maman doit avoir honte d'elle, ils doivent tous avoir honte d'elle, de cette pitoyable chose tremblante. Elle aimerait être forte, être une putain d'aventurière. Sa sensibilité exacerbée l'horripile, elle lutte perpétuellement contre ces larmes amères qui lui piquent les yeux , elle se sent tellement faible, elle a peur d'affronter la vie, les autres, elle aimerait juste partir le plus loin possible, loin des hommes... Elle aimerait avancer sans se poser de questions, tout quitter, pour aller dormir sous les étoiles, pour devenir une vagabonde, loin des gens qui se crient dessus, qui font du bruit, qui courent partout comme des petits insectes.

Elle écoute les pink floyd dans sa chambre, accablée de solitude, dehors il fait beau, à quoi bon s'abandonner à la contemplation morbide de sa tristesse, alors elle appelle ceux qui lui restent. Elle sourit en tirant sur un joint, elle apprend à aimer, elle recommence à sortir, mais elle sait que plus jamais elle s'oubliera dans l'alcool, la drogue, le sexe, que désormais elle est n'est plus pareille, qu'elle n'a plus à se sentir coupable de ses frasques, elle apprécie les instants avec certains, ceux qui lui sont restés fidèles, qui ne l'ont abandonné, elle calme sa paranoïa, elle se reconstruit et se rend compte qu'il fut un temps où elle était heureuse. Qu'elle n'a pas toujours broyé du noir, elle se dit qu'il y a des moments jolis, un lever de soleil à Monmartre, un regard dans le métro, une conversation, la complicité. Mais ça se terre au fond d'elle, elle le sent dans son ventre, lui ronger les entrailles, ce désespoir, cette jalousie qui lui brûle la gorge, elle a peur que ça revienne, que ça la détruise à nouveau, elle craint de voir son univers fragile s'effondrer à nouveau autours d'elle...











# Posté le dimanche 01 mars 2009 10:29

Modifié le dimanche 29 novembre 2009 15:34